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Qui a dit
un jour que le Canada était un pays ennuyant et sans surprise? En fait,
plusieurs l’ont déjà laissé entendre, mais en ce moment, la situation du
gouvernement canadien est digne d’un véritable roman de fiction politique.
En effet,
qui aurait pu imaginer qu’un gouvernement puisse se retrouver sur la banquette
de l’opposition, suite à la présentation d’un énoncé de mission économique,
avec en face de lui un gouvernement de coalition mené par un chef en sursis?,
qui plus est, recevant l’appui d’un parti souverainiste québécois?
C’est
d’ailleurs cet aspect des choses qui semble retenir le plus l’attention des
médias en ce moment. Comment Gilles
Duceppe peut-il appuyer Stéphane Dion?
Si on
examine de plus près les discours du Bloc
Québécois depuis le référendum de 1995, notamment depuis
l’arrivée des gouvernements minoritaires à Ottawa, on constate que le Bloc ne
fait que suivre son propre chemin. Il agit en appuyant sporadiquement les
gouvernements en place ou marque son opposition, selon les circonstances, en
tenant compte toujours et uniquement des intérêts du Québec.
Cette
fois-ci ne fait pas exception. En fait, le Bloc a le choix entre appuyer les
politiques économiques très idéologiques et évidemment très conservatrices
mises de l’avant par Stephen Harper ou celles qui se retrouvent au sein de la
coalition PLC–NPD. De l’avis assez général au Québec, ce sont ces dernières
positions qui semblent correspondre davantage à ce que le Bloc a mis de
l’avant ces dernières années. Bref, ce n’est pas Stéphane
Dion que Gilles
Duceppe appuie mais des positions plus progressistes afin de
tenter de protéger le plus possible le Québec du marasme économique appréhendé,
tout en tentant de sauver les emplois de milliers de Québécoises et Québécois.
Plus que
jamais on comprend donc l’utilité du Bloc Québécois. Concrètement, cette crise
nous permet de voir comment l’élection d’une majorité de députés du Bloc au
Québec aura permis d’empêcher le gouvernement conservateur d’obtenir cette
majorité rêvée. Une majorité qui aurait permis l’application d’une idéologie
longtemps mûrie dans certaines officines ou « think-tanks » de
droite. Très certainement, on constate que cet énoncé économique ne provient
par simplement de l’actuelle crise économique, mais qu’il s’inspire plutôt
directement d’une idéologie conservatrice ouest-canadienne.
Rappelons
également que Stephen Harper a présidé de 1998 à 2002 la
Coalition nationale des citoyens, une
coalition dont les faits d’armes suivants sont mentionnés sur la page Wikipédia
définissant l’organisme : opposition à la loi canadienne sur la santé, à la
Commission canadienne sur le blé, aux primes
de retraite des parlementaires, au syndicalisme, etc.
C’est donc
cette vision que le Bloc
Québécois a combattue. Une vision inspirée du
« laisser-faire » économique qui, tout en étant possiblement gagnante
dans l’ouest du Canada, n’est pas gage de succès ici au Québec. Mais le rejet
de cette idéologie ouest-canadienne ne doit pas être la seule source de
motivation. Il importe maintenant d’aller plus loin.
LE DÉFI
DES NATIONALISTES QUÉBÉCOIS
Le 18 mois
d’accord que le Bloc a octroyés à la coalition PLC–NPD doivent maintenant
servir la nation québécoise. Ce laps de temps doit permettre aux nationalistes
québécois de redéfinir une nouvelle stratégie nous conduisant à une plus grande
autonomie et à la souveraineté du Québec.
Certes, il
importe à court terme d’exiger le respect des compétences
« provinciales », notamment en exigeant le rapatriement de l’ensemble
des dossiers culturels, mais il faut aussi exiger : - que la loi 101
s’applique aux entreprises de juridictions fédérales oeuvrant sur le territoire
québécois; - le transfert des pouvoirs en matière d’immigration; - la
suspension de la loi canadienne sur le multiculturalisme; etc.
Mais
au-delà de ces revendications, nous pouvons également prendre ce moment qui
nous est accordé pour définir ce que nous souhaitons en tant que nation. Les
prochains mois apparaissent donc propices pour définir une nouvelle stratégie
nationaliste. Le Bloc, le PQ, les acteurs souverainistes de la société civile
doivent trouver les moyens de se concerter et de définir le chemin pour
l’avenir du Québec.
La crise
politique actuelle pourrait devenir une occasion à saisir pour faire progresser
ensemble cette vision d’avenir pour notre nation.
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