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Le retour de la francophobie Version imprimable Suggérer par courriel
Édité par Chantale Trottier, Présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois   
13-02-2009

 

Ceux qui croient que l’histoire ne repasse pas en boucle sont d’une grande naïveté. Il suffisait d’écouter la déclaration du premier ministre Harper mercredi soir pour constater que le gouvernement conservateur aura délibérément soufflé sur les braises de la francophobie canadienne-anglaise pour se maintenir au pouvoir quelques semaines de plus, voire même, quelques jours. Avec un grand cynisme, le premier ministre a fait le choix de réveiller les sentiments les plus enfouis, mais les plus durables, des Canadiens anglais envers les nôtres. Depuis, les séances de Quebec bashing se multiplient. Non seulement décrie-t-on les Québécois mais on invite le gouvernement fédéral à les punir de leur inexcusable culot de ne pas être des Canadiens comme tous les autres.

 

Une conséquence de cela est très claire : le premier ministre Harper n’entend plus maintenir une politique artificielle d’ouverture envers le Québec. Le message des derniers jours est clair : le Parti conservateur entend désormais construire sa prochaine majorité parlementaire sans le Québec. Il n’y aura plus de concession ni de tentatives de rapprochement. Désormais, la ligne dure s’imposera. Désormais, le Canada anglais tirera les dernières conséquences du coup de force de 1982 : il se gouvernera sans le Québec, qui sera désormais tenu comme un corps étranger dans les équilibres politiques canadiens. Le Parti conservateur ne se comportera plus comme le parti de l’ouverture au Québec mais comme celui du vieux nationalisme canadien-anglais, francophobe et belliciste.

 

On ne reprochera pas au premier ministre Harper son manque de lucidité. Car on le sait bien, au Canada anglais, en situation de crise, le Québec redevient vite le bouc émissaire privilégié. On sent qu’une longue exaspération longtemps tue par le Canada anglais refait surface avec une grande violence. Étrange paradoxe : alors que les Québécois auront senti depuis plusieurs années que le Canada se fermait systématiquement à toutes leurs revendications les plus légitimes et qu’ils étaient de plus en plus marginalisés dans le système fédéral, le Canada anglais était encore travaillé par le fantasme d’un Québec tout puissant qui mènerait le Canada selon ses volontés. On devine donc la réaction d’hystérie qui accompagne la revalorisation effective du rapport de force québécois dans l’ensemble canadien à travers son soutien à une coalition décidée à intégrer le Québec dans le calcul de ses priorités. Dans les faits, c’est moins la participation indirecte d’un parti souverainiste à un éventuel gouvernement de coalition qui indigne le Canada anglais que la réapparition d’un Québec capable de mener une politique conforme à ses intérêts.

 

Plusieurs l’ont dit, du premier ministre du Québec aux différents leaders souverainistes, en passant par le chef de l’opposition officielle, l’actuelle hystérie anti-québécoise est détestable. On s’inquiète même dans les milieux qui pratiquent le fédéralisme modéré de la renaissance du problème québécois ou, comme on dit, de la mise en scène d’une nouvelle crise d’unité nationale. Mais la politique incendiaire du premier ministre crée moins une crise « d’unité nationale » de toute pièce qu’elle actualise une vieille vérité canadienne : le Québec ne sera jamais accepté au Canada, tout juste sera-t-il toléré s’il consent à ne pas bousculer les équilibres politiques et institutionnels du Canada. En fait, on le tolèrera tant qu’il ne fera pas valoir ses intérêts, ce à quoi il ne peut évidemment se résoudre.

 

Les Québécois devront bien arriver à tirer les conclusions qui s’imposent. La politique n’est pas d’abord une question de bons sentiments, mais de rapport de force et de défense de ses propres intérêts. Et le rapport de force actuellement gagné par le Québec est plus circonstanciel que structurel. À terme, pour ne pas faire les frais d’une politique qui se décidera non seulement sans eux, mais contre eux, les Québécois devront reprendre un chemin qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’arpenter et dont ils découvriront très certainement les vertus dans les temps à venir, celui de leur pleine existence politique, celui de leur indépendance nationale.

Dernière mise à jour : ( 14-01-2010 )
 
Lettre ouverte de la crise à Ottawa Version imprimable Suggérer par courriel
Édité par Gilles Grondin, conseiller municipal de Vieux-Rosemont et dir. gén. de l’IRQ.   
13-02-2009

 

Qui a dit un jour que le Canada était un pays ennuyant et sans surprise? En fait, plusieurs l’ont déjà laissé entendre, mais en ce moment, la situation du gouvernement canadien est digne d’un véritable roman de fiction politique.

 

En effet, qui aurait pu imaginer qu’un gouvernement puisse se retrouver sur la banquette de l’opposition, suite à la présentation d’un énoncé de mission économique, avec en face de lui un gouvernement de coalition mené par un chef en sursis?, qui plus est, recevant l’appui d’un parti souverainiste québécois?

 

C’est d’ailleurs cet aspect des choses qui semble retenir le plus l’attention des médias en ce moment. Comment Gilles Duceppe peut-il appuyer Stéphane Dion?

 

Si on examine de plus près les discours du Bloc Québécois depuis le référendum de 1995, notamment depuis l’arrivée des gouvernements minoritaires à Ottawa, on constate que le Bloc ne fait que suivre son propre chemin. Il agit en appuyant sporadiquement les gouvernements en place ou marque son opposition, selon les circonstances, en tenant compte toujours et uniquement des intérêts du Québec.

 

Cette fois-ci ne fait pas exception. En fait, le Bloc a le choix entre appuyer les politiques économiques très idéologiques et évidemment très conservatrices mises de l’avant par Stephen Harper ou celles qui se retrouvent au sein de la coalition PLC–NPD. De l’avis assez général au Québec, ce sont ces dernières positions qui semblent correspondre davantage à ce que le Bloc  a mis de l’avant ces dernières années. Bref, ce n’est pas Stéphane Dion que Gilles Duceppe appuie mais des positions plus progressistes afin de tenter de protéger le plus possible le Québec du marasme économique appréhendé, tout en tentant de sauver les emplois de milliers de Québécoises et Québécois.

 

Plus que jamais on comprend donc l’utilité du Bloc Québécois. Concrètement, cette crise nous permet de voir comment l’élection d’une majorité de députés du Bloc au Québec aura permis d’empêcher le gouvernement conservateur d’obtenir cette majorité rêvée. Une majorité qui aurait permis l’application d’une idéologie longtemps mûrie dans certaines officines ou « think-tanks » de droite. Très certainement, on constate que cet énoncé économique ne provient par simplement de l’actuelle crise économique, mais qu’il s’inspire plutôt directement d’une idéologie conservatrice ouest-canadienne.

 

Rappelons également que Stephen Harper a présidé de 1998 à 2002 la Coalition nationale des citoyens, une coalition dont les faits d’armes suivants sont mentionnés sur la page Wikipédia définissant l’organisme : opposition à la loi canadienne sur la santé, à la Commission canadienne sur le blé, aux primes de retraite des parlementaires, au syndicalisme, etc.  

 

C’est donc cette vision que le Bloc Québécois a combattue. Une vision inspirée du « laisser-faire » économique qui, tout en étant possiblement gagnante dans l’ouest du Canada, n’est pas gage de succès ici au Québec. Mais le rejet de cette idéologie ouest-canadienne ne doit pas être la seule source de motivation. Il importe maintenant d’aller plus loin.  

 

LE DÉFI DES NATIONALISTES QUÉBÉCOIS

 

Le 18 mois d’accord que le Bloc a octroyés à la coalition PLC–NPD doivent maintenant servir la nation québécoise. Ce laps de temps doit permettre aux nationalistes québécois de redéfinir une nouvelle stratégie nous conduisant à une plus grande autonomie et à la souveraineté du Québec. 

 

Certes, il importe à court terme d’exiger le respect des compétences « provinciales », notamment en exigeant le rapatriement de l’ensemble des dossiers culturels, mais il faut aussi exiger : - que la loi 101 s’applique aux entreprises de juridictions fédérales oeuvrant sur le territoire québécois; - le transfert des pouvoirs en matière d’immigration; - la suspension de la loi canadienne sur le multiculturalisme; etc.

 

Mais au-delà de ces revendications, nous pouvons également prendre ce moment qui nous est accordé pour définir ce que nous souhaitons en tant que nation. Les prochains mois apparaissent donc propices pour définir une nouvelle stratégie nationaliste. Le Bloc, le PQ, les acteurs souverainistes de la société civile doivent trouver les moyens de se concerter et de définir le chemin pour l’avenir du Québec.

 

La crise politique actuelle pourrait devenir une occasion à saisir pour faire progresser ensemble cette vision d’avenir pour notre nation.

Dernière mise à jour : ( 14-01-2010 )
 
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